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25 novembre 2016 5 25 /11 /novembre /2016 07:14

Daniel Bernard est ethno-historien. Grand spécialiste de l’histoire du loup en France, il a publié des livres de référence sur le sujet. La grand-mère de Daniel Bernard vivait aux Issarts de Vicq-Exemplet, tout près du bois de Boulaise et lui a raconté plein d’histoires  de loups hurlant dans le bois de Boulaise, elle-même les tenait de sa mère. C’est peut-être bien de là que lui est venu sa passion pour les loups et leur relation avec les hommes dans le Berry du 19ème siècle. Depuis les années 1976-77, il recueille les témoignages, étudie les archives... Le 19 novembre dernier, à l’invitation de l’association de sauvegarde du patrimoine de Vicq-Exemplet, il est venu faire le point avec nous.

Les loups en Berry
Les loups en Berry

Car le Berry était un pays à loups : tout le Berry sauf la Champagne berrichonne où les loups ne font que passer ; mais ils sont présents dans le Boischaut Nord, en Brenne, dans le Boischaut Sud et surtout sur toute la rive gauche de la Creuse qui est la « réserve » des loups en Berry.

Notre loup est le loup gris, bête à la mâchoire puissante pouvant enlever un mouton à la course. Il peut parcourir plus de 60km en une nuit. Il vit non en bande mais en clan (parents, louveteaux et louvards);  4, 6, éventuellement 8 individus mais très rarement plus.

Les loups en Berry

Le loup a aujourd’hui disparu du Berry, probablement va-t-il y revenir bientôt, venant d’Italie, mais le Berry a gardé bien des traces du loup dans sa toponymie : chaume au loup, bois au loup, jappe loup, peuteloup (bien que la toponymie puisse être prise au second degré) … La fosse au loup est très présente dans la toponymie, elle rappelle la présence d’un piège (fosse) pour capturer le loup.

Car le loup est un prédateur qui est en concurrence avec l’homme et attaque à peu près tous les animaux domestiques (moutons, vaches, haridelles) et d’ornement (cygne dans les bassins), il peut attaquer les mules dans les forges et est également présent en ville, notamment aux abords des abattoirs (1870) ou des boucheries (voir à Lignières). Il s’attaque aussi aux animaux sauvages (chevreuils, renardeaux, mais rarement aux sangliers, capables de se défendre).

Les seuls cas dûment répertoriés d’attaques d’hommes sont le fait de loups enragés et coïncident aux grands épisodes rabiques : début 19ème (une grand-mère et son petit-fils attaqués au pré près de Valençay en 1814) années 1840 (en Brenne) et années 1870, notamment avec le loup enragé de Tendu Mosnay qui a mordu en 1878 une cinquantaine de bestiaux et sept hommes dont deux en sont morts (de la rage).

Les moyens utilisés pour s’en défendre sont multiples, de la magie (prières récitées à l’envers) aux moyens rudimentaires (fourches à loup, lanternes, pistolet de bergère : sans balle), ces derniers peuvent avoir une certaine efficacité car le loup est peureux. Mais la lutte est aussi institutionnalisée de très longue date avec la création d’un corps de lieutenant de louveterie en 813. Ce corps existe toujours et perdure même lorsque le loup a disparu ! Des battues sont organisées. Les documents du 19ème siècle montrent combien ces battues sont importantes par les moyens mis en œuvre (9299 hommes réquisitionnés en 1818 dans le département de l’Indre) et dérisoire en terme de résultats. D’ailleurs les paysans qui y sont convoqués ne se font aucune illusion : ils y vont car la participation est obligatoire sous peine d’amende, mais certains se retrouvent jouant aux cartes ou buvant un coup dans une clairière au milieu du bois !

Des primes sont attribuées pour la destruction des loups, des fraudes sont bien observées ça et là mais la loi de 1882, augmentant sensiblement le montant des primes, se révèle cependant efficace : il devient rentable de détruire les loups. Des chasseurs de loups semi-professionnels apparaissent et les derniers loups disparaissent. Le dernier loup en Berry  est tué à Chaillac en 1905 (avec dossier donnant lieu à prime). A Vicq-Exemplet, le dernier loup est tué en 1884 par Jean Daudon au taillis des Marolles. Plus tard, des passages de loups seront signalés, notamment en forêt de Lancosme en 1917. Le loup a disparu à cause de sa destruction liée aux primes, mais également à cause de la modification de son territoire, en particulier le changement du paysage rural et la construction des voies de chemin de fer (tacot) qui auraient perturbés ses déambulations.

Le loup a fortement marqué les esprits, la peur du loup est toujours très prégnante, irrationnelle. Il a donné lieu à de nombreuses légendes telles les « m’neux de loups » ou les loups-garoux (hommes qui se transforment en loups).

Mais le loup revient. Partant des Apennins, il est arrivé dans le parc du Mercantour en 1993 et a progressé dans les Alpes ; ni le Rhône ni l’autoroute ne l’ont arrêté. Il suscite des conflits entre les éleveurs, écologistes, chasseurs, politiques… Dans les 5 ans, une soixantaine de départements seront touchés. Le loup est protégé depuis 1999 mais depuis 2015, 36 loups par an peuvent être abattus.

 Sa présence est certaine dans le Massif Central, il arrive… Alors habitants de Sidiailles et du sud du Berry, observez bien, peut-être …

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