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27 mars 2017 1 27 /03 /mars /2017 05:12

Dans le cadre de l’association « Correspondance » de Châteaumeillant, Brigitte Bardelot, professeur honoraire d’art à l’Université de Nice nous a présenté le 18 mars une conférence sur le mouvement CoBrA. Les élèves de « Correspondance » s’inspirent largement de ce mouvement dans leurs travaux, parfois peut-être inconsciemment.

Ce mouvement CoBrA fut historiquement éphémère mais il eut une très large postérité. Il est fondé en novembre 1948 à Paris en opposition aux mouvements d’avant-garde en vogue à l’époque : les surréalistes, Mondrian, l’école de Paris (Estève, Mathieu, Poliakoff, Soulage …).

CoBrA se veut sans dogme ni conformisme, il revendique liberté et spontanéité et clame la nécessité d’un art expérimental. Les artistes de CoBrA ont en commun un gout des jeux, du voyage … Le nom « CoBrA » de Copenhague, Bruxelles, Amsterdam est lui-même un pied de nez à l’autre acronyme de l’époque : Bénélux.

Il aime la forme serpentine (ligne de beauté selon Hogarth), l’art scandinave (runes), les formes rapides et nerveuses, tel le geste du graffiti.

C’est un mouvement agressif, engagé politiquement et anti-américain.

Ses membres ont une profonde connaissance des arts classiques mais ils sont surtout influencés par l’expressionisme allemand et scandinave (violence picturale, destruction des formes, couleurs crues, lignes anguleuses), ils apprécient l’art africain ainsi que l’art brut « l’art est une impulsion » mais ne négligent pas l’humour.

CoBrA est un art libre et revendique les maladresses, le cheminement (il n’y a pas de repentir), intègre l’expérimentation et tout le vécu avec sa complexité.

En 1947, le sentiment est à la joie de la liberté retrouvée, le livre culte du mouvement est « Homo ludens » de Johan Huizinga. Le jeu se manifeste dans le détournement avec par exemple des collages intégrés dans l’œuvre (ils rejoignent en cela Picasso et Dubuffet), c’est le gout de la dérive et de l’errance urbaine, topologie et cartes de toutes sortes sont en faveur.

CoBrA concerne toutes formes d’art et quelque soit leur art, les artistes peuvent travailler à plusieurs pour des œuvres spontanées. Dotremont (poète) et Jorn (peintre) réalisent ensemble des logogrammes : signes et images sont de même nature.

Dotremont, poète, s’intéresse au rapport entre les signes et les mots. Il rédige le texte fondateur de CoBrA après sa rencontre avec Bachelard, il revendique la nécessité de l’expérimentation. Ses logogrammes associent texte et graphisme, il ne s’agit pas de calligraphie mais d’une sorte d’écriture-peinture.

Le mouvement CoBrA

Appel a une sensibilité gargantuesque, expansif il s’inspire des carnavals et fêtes foraines. Il déconstruit la figure humaine, le chromatisme est violent, les couleurs hurlantes. Il se moque de l’esthétisme.

Le mouvement CoBrA

Corneille est plus tranquille, les couleurs sont chatoyantes, les œuvres figuratives sont plus décoratives et semblent plus traditionnelles. Il représente des femmes picassiennes, des paysages sahariens.

Le mouvement CoBrA

Constant exprime sa véhémence avec des moyens sobres, sans décor. Il abandonnera vite la peinture pour intégrer l’Internationale Situationniste. Architecte de formation il travaillera à la ville utopique « New Babylon ».

Le mouvement CoBrA

Jorn est le plus violent. Il détourne la peinture classique et l’ouvre sur l’imaginaire « L’accord et le désaccord sont d’accord ». Les couleurs sont violentes. Intellectuel, il est fasciné par le tifinagh (alphabet kabyle et touareg). Ethnologue, il produira également des études ethnologiques érudites. Angoissé, l’aspect ludique est pour lui un médicament.

Le mouvement CoBrA

Le groupe CoBrA se dissout en 1951 après 3 ans d’existence, pour des raisons matérielles (maladies de Dotremont et Jorn). Il aura produit 15 expositions collectives et 10 numéros de sa revue éponyme, mais il laissera une large postérité en révolutionnant l’art contemporain avec de nombreux héritiers.

L’internationale Situationniste est en communauté de pensée évidente avec CoBrA. Le théoricien du mouvement est Guy Debord avec son livre visionnaire et toujours très actuel « La société du spectacle ». Pour échapper à cette emprise, il suggère le détournement (roman photo, dialogue de film …), il prône le système du don/contre-don (potlatch) ; autre détournement : transformer la ville en terrain de jeu des dérives urbaines avec ses cartes psycho-géographiques avec unités d’ambiance. L’internationale situationniste sera très active en mai 68 en fournissant la plupart des slogans.

Le mouvement CoBrA

Pollock est influencé par la culture amérindienne, les muralistes mexicains et le surréalisme. Sa peinture gestuelle sur fond sonore (jazz) est un expressionisme abstrait. Ses toiles de grandes dimensions ne sont pas orientées. Il n’y a pas de contact entre le pinceau et la toile, l’artiste « danse » autour de la toile. « Ce qui est sur la toile n’est pas une image, c’est un évènement ». Ce sont des peintures propres à la méditation : on entre dans la toile et on en suit les lignes.

Le mouvement CoBrA

De Kooning représente la femme américaine, dominante, prédatrice, vamp ... Son dessin caricatural avec un cadrage resserré produit un malaise évoluant entre l’humoristique et le tragique. C’est une critique féroce du mode de vie américain.

Le mouvement CoBrA

Twombly est un érudit américain, enseignant d’art, il s’installe en Italie. Inspiré par l’expressionisme abstrait, il travaille la ligne pour elle-même. Il ne retient que l’émotionnel, qu’il peint sur des matériaux les plus modestes. Ses « Bacchanales » sont une vision mentale suggérée par l’image d’une fresque antique collée sur l’œuvre. La transgression typique des bacchanales antiques se traduit par une vague rapide, irrésistible. Les œuvres sont hermétiques, de lecture difficile, elles se prêtent à la contemplation.

Le mouvement CoBrA

Basquiat est le peintre culte au génie éphémère, une comète dans le ciel de l’art. D’origine haïtienne, son enfance est marquée par le racisme, autodidacte il acquiert une culture très large. Mais son œuvre est une négation de l’histoire de l’art. En 10 ans il produit 1000 toiles et 2000 dessins. Sa peinture semble non achevée, les visages sont sabrés de mots, graffitis … Il admire Twombly et sa rencontre avec Warhol est décisive. C’est une peinture violente, bruyante, frénétique elle intègre des mots dont la signification est mystérieuse. L’influence de la musique est très présente (jazz hip-hop).

Le mouvement CoBrA

Tous ces artistes se caractérisent par leur grande culture et l’importance pour eux de la musique (jazz). C’est une rupture qui est recherchée pour être en prise avec le moment présent. Ils revendiquent une totale liberté d’esprit, la seule contrainte est d’être sincère.

Il se trouve que le mouvement CoBrA peut être apprécié actuellement dans deux expositions à Paris :

- Karel Appel du 24 février au 20 aout au Musée d’Art Moderne,

- Cy Twomby jusqu’au 24 avril au Centre Pompidou

La prochaine conférence aura pour thème « Alechinski et le mouvement CoBrA ; elle se déroulera le 29 avril au pôle culturel de l’étang Merlin à Châteaumeillant.

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Published by nous-en-boischaut-sud
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