Complaintes en Berry
Docteur en histoire, doublé de professeur en musiques traditionnelles « Maxou » Heintzen, même s’il est par ailleurs professeur agrégé de mathématique, est LA personne pour parler des complaintes, notamment pour notre région.
Chanter le crime ne date pas d’hier ; pour nous, si cela évoque les complaintes et la fin du 19ème siècle, tout commence dès le 14ème siècle, avant l’imprimerie, par les images estampées (bois Protat).
Avec le développement de l’imprimerie, un texte est ajouté à l’image et voilà qu’est né un « occasionnel » (comprendre : un journal occasionnel, non périodique), et de quels sujets traitent-on dans ces occasionnels ? Surtout des faits divers et essentiellement à destination d’un public populaire.
Vous ajoutez une complainte, vous avez alors le texte, l’image et le son, un outil multimédia, le canard est né ! Il fera les beaux jours de tout le 19ème siècle et du début du 20ème siècle.
La complainte se développe sous une forme littéraire bien particulière : si l’écriture n’y est pas très raffinée et si les fautes d’orthographe y sont nombreuses, la rime est toujours là, car elle facilite la mémorisation ; pas de refrain mais des couplets nombreux, parfois très nombreux (on peut aller jusqu’à plus d’une centaine !). Tout cela est parfaitement structuré, avec un appel , si possible vers plusieurs communes environnantes, pour situer l’affaire et pour interpeller le chaland (parce qu’il va falloir la vendre cette complainte) ; ensuite le développement avec tous les détails les plus croustillants, c’est pour cela que ça peut être long ; et pour finir, la morale, toujours simple : on réclame la peine de mort (ou pire) ou bien on œuvre pour l’édification de la jeunesse, sans tendresse.
Pour la musique : pas de problème, on reprend des airs connus de tous et là, "La Pimpolaise" fait les beaux jours de bien des complaintes du 20ème siècle.
Ces complaintes, ces canards, il faut les réaliser, les imprimer, les vendre. Pour la réalisation, il est bon d’aller voir du côté des imprimeries, si vous avez quelques accointances par là, et pas forcément du côté de la direction, vous pourrez peut-être récupérer du papier gratis, même si ce n’est pas de la première qualité.
A l’époque, le milieu des ouvriers imprimeurs est dominé par les anars. C’est dans cette atmosphère que se font les canards.
Chez nous nous avons un centre d’imprimerie à St Amand Montrond et c’est à St Amand que se trouve Louis Modeste Simonet, notre grand canardier local. Grâce à lui, nous disposons des complaintes locales : le crime de Venesmes (1899), Jeanne Gilbert l’empoisonneuse de St Amand (1908), le crime de Mareuil (1910), celui de Bonnat (1923)…
Maxou prend la vielle et truffe son intervention des complaintes locales.
Pour vendre complaintes et canards, les canardiers font le boniment sur les foires et marchés, de la voix et du geste ; semi nomades, avec leur carnet de saltimbanque, ils évoluent souvent à la limite de la mendicité.
Puis, dans le courant du 20ème siècle, les goûts musicaux évoluent. Sous l’effet du café-concert, la complainte cède la place à la chanson-réaliste ; cartes postales et journaux spécialisés lui font une forte concurrence avec les informations à sensation.
La complainte disparait mais le goût pour le crime et les affaires à sensations reste bien là, certains journaux et émissions de télé en sont la preuve.
Avec sa compétence, sa gentillesse et son sens de la communication, Maxou a séduit son auditoire, mais pourquoi n’était-il pas plus nombreux ce 13 février 2015 au pôle culturel de l’étang Merlin ?