La petite histoire de George Sand et Victor Hugo
En prologue à la dernière journée du Festival Acteurs en Berry, avant la représentation de Mauprat, nous retrouvons côte à cote, les « Amis de George Sand » représentés par Danielle Bahiaoui et les « Amis de Victor Hugo » représentés par Danielle Gasaglia et Arnaud Laster ; autour d’eux plus de 80 personnes pour essayer de comprendre : Mais que pensaient-ils l’un de l’autre ?
Mais que pensaient-ils l’un de l’autre, ces deux personnalités marquantes de la vie littéraire du 19ème siècle ? Parce qu’ils ne se sont jamais rencontrés ces deux là, pourtant ils étaient parfaitement contemporains : Victor Hugo (1802-1885), George Sand (1804-1876).
Certes il y eu les aléas de la vie : George Sand ne publie réellement qu’en 1832, à un moment ou Victor Hugo est déjà au fait de sa gloire ; et puis il y eu l’exil de Victor Hugo de 1851 à 1870, mais cela n’explique pas tout !
Au début, ils ne font pas vraiment parti de la même coterie: Victor Hugo, Pair de France, soutien de Louis-Philippe d’un côté, George Sand socialiste de l’autre. Ils ne s’apprécient pas vraiment même si George Sand porte une certaine admiration agacée à Victor Hugo, traité de grandiloquent : « le plus bavard des poètes sublimes » tandis que Hugo lui, trouve carrément que « Sand ne sait pas écrire » !
Puis, avec le coup d’état de Napoléon III, Victor Hugo évolue politiquement ; rapidement il déborde George Sand sur sa gauche, s’exile alors que George Sand s’accommode de l’exil intérieur. Leur relation ne se réchauffe que très, très faiblement : « George Sand a du talent, c’est tout ». En exil Victor Hugo publie « Les Châtiments », œuvre très critique qui est évidemment interdite en France. George Sand aimerait bien que Victor Hugo soit moins intransigeant dans ses écrits de façon à être publié.
La publication des « Contemplations » en 1856, nettement moins polémique, est saluée par George Sand et marque une nouvelle phase de leurs relations.
En fait, leur premier contact épistolaire ne concerne pas la vie littéraire. Nini la petite fille de George Sand meurt en 1855, Victor Hugo toujours très marqué par le décès de sa fille Léopoldine compatit ; la perte d’un être cher les rapproche.
Les voici amis, George Sand devient un « génie », elle sera souvent invitée à Guernesey … sans suite, leur relation ne sera jamais familière.
Victor Hugo lui apporte son soutien lors de la parution des Beaux Messieurs de Bois Doré (1858), mais George Sand s’énerve quand il refuse l’amnistie de 1859 alors que de son côté elle cherche à adoucir la situation des proscrits.
Lors de la publication des « Misérables » (1862) Victor Hugo cherche le soutien de George Sand mais ce soutien lui fera défaut. Victor Hugo en est attristé, George Sand affirmera préférer la poésie de Victor Hugo à son œuvre en prose.
Au retour d’exil, avec la Commune, voici une nouvelle incompréhension ; Victor Hugo soutient, George Sand est horrifiée : légaliste et choquée par la violence, elle condamne avec des termes extrêmement durs cette Commune de Paris.
Néanmoins, à partir de là, ces deux là se soutiennent et se défendent dès que l’un ou l’autre est attaqué.
En 1876, c’est Victor Hugo qui prononcera le célèbre éloge funèbre de George Sand : « Je pleure une morte, je salue une immortelle … »
Les relations de George Sand et de Victor Hugo ont donc beaucoup évolué au cours de leur vie. C’est sans doute le reflet de leurs évolutions personnelles mais peut-être que leur entourage, les idées politiques ou l’opinion que l’autre avait de sa propre oeuvre interféraient aussi avec la critique littéraire ; même nos grandes personnalités sont sous influence !
« Victor Hugo et George Sand, et s’ils s’étaient rencontrés ? » Voilà une œuvre de théâtre fictionnelle que nous propose Danièle Gasiglia.
Mais peut-être que, comme le suggère Danièle Bahiaoui : « Tous les deux dans une même pièce, c’est un de trop ! »