Aux Armes, Marguerite !

Publié le par nous-en-boischaut-sud

Ces jours derniers, la Communauté de Communes Berry Grand Sud a proposé au public local la pièce de théâtre « Aux Armes Marguerite ». Deux représentations se sont déroulées au Pôle Culturel à Châteaumeillant pour des élèves du cycle 3 (grands des écoles primaires et collège venant du Châtelet, Culan, St Priest-la-Marche, Epineuil) et une représentation en soirée à Vesdun le 19 janvier.

Cette pièce est une création de Véronique Chabarot. Elle en assurera seule sur scène le spectacle pendant une petite heure. L’actrice vient de la Cie Oh Z’Arts etc. d’Henrichemont ; elle a été formé dans son métier à Bourges à ses débuts. Cette comédienne explique que par ce spectacle elle a voulu commémorer à sa façon la Grande Guerre, commencée il y a maintenant plus d’un siècle. Le but recherché est que l’on n’oublie pas le rôle important des femmes dans ce conflit dramatique.

D’ailleurs, elle annonce qu’après 2018, elle ne jouera plus cette pièce écrite en 2014.

Marguerite était l’arrière grand-mère de Véronique, qu’elle a un peu connue, elle nous montrera après le spectacle une grande boite avec collées dessus des photos de famille,

et dedans un exemplaire du livre qui l’a inspiré « Combat de femmes », des lettres et divers documents de cette époque. Elle explique aussi avoir pendant un an fait un sérieux travail de documentation pour pouvoir donner un ton juste à sa pièce.

Marguerite incarnera dans cette création toutes les femmes de l’époque, changeant de rôle mais portant toujours le même message. C’est un fil conducteur, rapportant les souffrances, les espoirs, les révoltes.

Pendant le spectacle, on restera avec un unique décor de base, mais rien ne sera statique car l’actrice par un subtil jeu modifiera l’ambiance, passant d’une scène à l’autre dans la douceur d’un délicat changement de lumière.

Crédits photos : Pascal Vanneau

Crédits photos : Pascal Vanneau

Donc décor simple, des cordes à linges, des draps et des grands manteaux suspendus, au sol quelques grandes bassines en zinc… On rentre vite dans l’atmosphère de l’époque. Tout en chantonnant des airs populaires ou quelques chants patriotiques, Marguerite, valse, heureuse et nous entraîne rapidement dans son univers, pas si lointain où la vie des femmes était différente et leur condition pas toujours drôle. Elle explique que son homme vient de partir « la fleur au fusil » dans son bel habit militaire tout coloré, fier et très heureux de retrouver ses copains de régiment parce qu’on le sait, la guerre sera courte !

Crédits photos : Pascal Vanneau

Crédits photos : Pascal Vanneau

Puis soudain notre Marguerite s’écroule… le rêve est fini, le cauchemar commence. Cela va de mal en pis pour ces femmes, mais il faut écouter les appels à toute la population civile, sur un ton haut et patriotique, on lui demande de maintenir le pays en pleine activité malgré le départ des forces vives, des hommes au front…retour sur Marguerite, qui courageuse se relève, son époux lui a laissé  la charge de la ferme, alors elle doit tout gérer, semis et récoltes….et les outils sont complètement inadaptés à la morphologie ou à la force des femmes, des enfants ou des vieillards restés là ! Elle est épuisée, elle se blesse sans cesse. Tous espèrent que le conflit ne durera pas trop longtemps ! Mais voilà qu’on réquisitionne aussi les chevaux ! Ces trois millions de femmes valides, restées seules sur les exploitations doivent tout faire et faire face à tout ! Et les gens des villes qui rouspètent car les prix grimpent ! Normal, les denrées sont plus rares.

Puis Marguerite s’assoit, fille sa laine tranquillement, fatiguée, déjà révoltée, elle essaie de se convaincre qu’il faut qu’elle reste le pilier de sa famille malgré tout. Les hommes dégustent au front, il faut nourrir les petits, les élever, bref satisfaire l’effort patriotique dont on lui rabat les oreilles et lui martèle le cerveau. Tu es en deuil Marguerite, triste et abattue, reprends toi car sinon ton attitude est un crime, la Patrie a besoin de toi, sois fière quand-même!

Crédits photos : Pascal Vanneau

Crédits photos : Pascal Vanneau

Dans une lumière tamisée, Marguerite souffre dans l’intimité, car voilà bien longtemps qu’elle n’a plus de nouvelles, les permissions des soldats sont très exceptionnelles, voire suspendues.

Heureusement, il y a les lettres de ces « marraines » pour ces pauvres poilus des tranchées. Ces petites fées, comme les appelle Marguerite, préparent bravement des colis pour ces soldats et leur écrivent des nouvelles faussement rassurantes de la vie hors du front…. Interdit de décourager ou de dire la vérité à ceux des tranchées, ce serait absolument anti-patriotique !

Puis sur scène, l’actrice suspend à ses fils à linge trois grandes poupées de laines, chacune de couleur unie et fait une petite représentation théâtrale avec : c’est la seule parodie autorisée…. Alors il faut bien porter la parole de ces femmes qui usinent dans des conditions de travail et salariales déplorables, difficiles, afin satisfaire les cadences infernales de la fabrication d’armes ou de linge.

C’est la vraie misère explique Marguerite, on a même plus le droit de tomber malade sous peine de licenciement expéditif, nos enfants non plus, même si les patrons ont inventé des crèches. Les horaires sont interminables, le travail de nuit épuise, le samedi est sous-payé. Les cadences augmentent alors que les salaires baissent…. La femme remplace l’homme partout et elle est largement exploitée et non respectée.

Crédits photos : Pascal Vanneau

Crédits photos : Pascal Vanneau

Marguerite annonce que contre la faim qui tiraille les ventres, on a mis en place la carte pour le ravitaillement. C’est très difficile pour tout. Oui, le cœur de Marguerite n’y est plus, la révolte prend la place du découragement, pour elle et ses compagnes, victimes de cette affreuse guerre.

Mais ce n’est pas fini : on publie que les femmes se doivent d’être utiles et pas encombrantes, d’être toujours propres et d’une moralité prévenante ! Or que dire des ces « anges blancs » ces infirmières qui doivent réparer les corps et les âmes de ces soldats  meurtris, défigurés, en pansements souillés, que déversent les trains?  Les ronces de fers, le bruit et la fureur des obus apportent à Marguerite des hommes cassés. Sa mission est de les remettre en forme pour qu’ils puissent repartir à la guerre se battre… mais eux-non plus ne veulent plus !

Autre scène : au sol, un corps ou plutôt des corps s’agitent sous un grand drap blanc…. Quelques gloussements de plaisir suggèrent qu’un soldat se console avec une fille de joie…. Dans la joie, non ce n’est pas tout à fait ça pour ces prostituées que l’on a transférées de force des grandes villes jusqu’aux abords des champs de bataille. Dans des baraquements spécialement conçus, c’est l’abattage comme se plaint Marguerite….. réconforter des dizaines de soldats par jour, cela fait partie de l’effort de guerre, d’un mal nécessaire, alors tais-toi et travaille !

Crédits photos : Pascal Vanneau

Crédits photos : Pascal Vanneau

Toutes les femmes commencent  à se révolter, à se mettre en grève, cela ne peut plus durer, on commence à dire ce que l’on pense, à savoir que cette guerre a été instrumentalisée par les grands et les puissants et que c’est à eux seuls qu’elle profite !

Tout en nous exposant cette situation dramatique, Marguerite se met à tendre de nombreux fils de par et d’autre sur sa petite scène ; elle semble s’y prendre les pieds, s’y emmêler comme dans une toile d’araignée, symbolisant la situation inextricable et désespérée : le fardeau de cette triste vie, et toujours plus de morts ou d’hommes blessés. Alors  on va demander le suffrage universel, les femmes veulent compter  à part entière pour l’effort qu’elles fournissent aussi, leur voix à elles et non pas la voix de leurs époux décédés. Oui, Marguerite veut rompre avec cette tradition et cette morale absurde, oui être pacifiste demande beaucoup de courage dans ce climat général !

Crédits photos : Pascal Vanneau

Crédits photos : Pascal Vanneau

Ce conflit meurtrier va enfin se terminer… les hommes regagneront leurs demeures détruites, les terres dévastées, leurs campagnes entièrement jonchées d’obus…

Et doucement, on demande à cette brave et courageuse Marguerite de reprendre sa place « d’avant ». On lui intime de retourner à son foyer, de faire des enfants pour la nation. Mais malgré quelques libertés et avancées sociales durement acquises,  Marguerite reste aigrie…. Cela ne changera jamais, les millénaires passent et les hommes ne comprennent toujours pas les femmes et ne les estiment pas à leur juste valeur.

Crédits photos : Pascal Vanneau

Crédits photos : Pascal Vanneau

Ce spectacle intimiste a abordé très intelligemment mais de manière simple la condition des femmes à l’arrière du front pendant la guerre de 14-18.

C’est un méticuleux collectage historique qui met en lumière leur situation et leur vie réelle, l’engagement des féministes, qui contre l’élan patriotique, faisaient signer des pétitions « Assez d’hommes tués. La Paix ».

Florence

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