Les danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel Bernard

Publié le par nous-en-boischaut-sud

Daniel Bernard était l’invité des « Amis de la tour » de Ste Sévère en ce 29 octobre pour nous parler des danses traditionnelles berrichonnes. Daniel Bernard, l’un des meilleurs connaisseurs de la culture populaire berrichonne, était évidemment l’homme de la situation tant son apport au niveau de la connaissance de la danse traditionnelle berrichonne est important.

Les danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel Bernard

Mais en préambule, Daniel Bernard rend hommage aux grands anciens.

Les danses traditionnelles berrichonnes sont connues grâce à quelques collecteurs ayant œuvré dans les années 1950-1970 ; aux premiers rangs desquels :

- Pierre Panis (de Cuzion) dont Daniel Bernard fut l’assistant,

- Roger Pearon de Lignières

- Madeleine Surnom de Bourges

- André Dubois de Sancerre

C’est grâce à eux que purent être interprétées les sources antérieures.

 

Les sources iconographiques principales remontent au milieu du 19ème siècle avec les dessins de Maurice Sand. Ces dessins, très précis, permettent de reconnaitre bourrée droite, bourrées carrées, bourrées à six, qui se dansaient à l’époque du côté de Nohant. Il montre les bals d’assemblée où plusieurs orchestre jouent simultanément dans des coins différents (et pas forcément la même chose !), autour de chaque orchestre se rassemblent des groupes de danseurs. Mais tout le monde danse en soulier : pas de sabots !

Les danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel BernardLes danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel Bernard

A partir de 1900 apparaissent les cartes postales qui montrent des scènes de danse, notamment grâce à Jean Rameau ou aux Gâs du Berry, ce sont alors des  scènes reconstituées.

Les danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel BernardLes danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel Bernard

 

Entre les deux guerres, Eugène Hubert, archiviste départemental de l’Indre, apporte des photos, notamment des bals de noce.

 

A partir de 1950, Pierre Panis collecte les danses traditionnelles qui ont survécues dans le haut Berry et le Pays Fort, notamment les danses d’hommes et, à partir de 1970, les recherches se développent et on redécouvre ces danses.

 

Branles, ronds et danses rituelles

 

Ces branles et ronds seraient des danses plus anciennes que la bourrée, dont les racines remonteraient au moyen-âge.

Il s’agit de danses en rond avec un meneur (à l’intérieur ou à l’extérieur du cercle) et qui peuvent comporter jusqu’à 40 danseurs. Après 1914, ces danses furent interdites par les propriétaires de parquets de bal car elles décalaient le parquet !

Les danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel Bernard

Elles se sont conservées plus longtemps dans le nord de l’Indre (Valençay, Chabris) et ont été collectées dans les années 1980. Dans ces régions on ne dansait pas la bourrée.

Le rond d’Argenton est une variante du branle.

 

Les danses rituelles sont exécutées dans des occasions particulières.

A carnaval on danse le rond, autrefois on dansait l’enfile-aiguille mais cette danse fut interdite pour « obscénité révoltante » : les femmes se frappaient du derrière !

La quenouillée se dansait en allant semer le chanvre : l’homme portait sa cavalière le plus haut possible pour inciter le chanvre à pousser haut.

Les danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel Bernard

Pour la noce du dernier enfant, on danse le rond autour du feu. Pour les mariages également on danse le branle du cochelin autour d’un drap dans lequel on jette des pièces.

 

Les danses d’hommes apparaissent en Berry comme une spécificité du Pays Fort. Les danses sont plus athlétiques avec de nombreuses variantes (il faut bien que les hommes se fassent remarquer !). Elles sont parfois extravagantes : danse du cochon, sans pantalon … mais ce sont aussi parfois des danses liées au travail : danse du moissonneur ou la fricassée pour écraser le raisin dans la cuve.

Les danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel BernardLes danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel Bernard

Contredanses et danses de salon

Contredanses et danses de salon influencent les danses traditionnelles depuis au moins le milieu du 19ème siècle : les figures de quadrille sont intégrées dans la chorégraphie des bourrées. La bourrée auvergnate (à 3 temps) influence notre berrichonne (à 2 temps), les deux types de bourrées se dansent simultanément.

Parallèlement, les danses urbaines (la quadrille) s’introduisent directement à la campagne par un phénomène de mimétisme des classes sociales supérieures.

Entre les deux guerres apparaissent les danses en couple dans les bals sous parquet puis dans les bals clandestins pendant l’occupation. L’orchestre évolue avec l’apparition de l’accordéon.

Revivalisme

A partir des années 1970, les recherches amènent à une recréation du patrimoine de chaque région avec ses spécificités. Les groupes folkloriques diffusent cette culture d’expression populaire. Des danses sont recréées (pas du loup, danse aux rubans…)

Les danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel Bernard

Mais pour certains groupes folkloriques, le niveau technique insuffisant conduit à des simplifications des danses traditionnelles qui offusquent les collecteurs scrupuleux. Pour Daniel Bernard, les groupes folkloriques apparaissent donc comme « un mal nécessaire » entre maintien et simplification de la tradition.

A partir des années 1980-90 se développent les bals folk, qui se transforment en bal trad’ ou néo-trad et attirent de nombreux jeunes, au prix d’une simplification de la danse et l’introduction de rythmes différents de la tradition locale. Le plaisir de la danse prend le pas sur la connaissance de la tradition. Evidemment un collecteur rigoureux comme Daniel Bernard le regrette !

Les danses berrichonnes traditionnelles avec Daniel Bernard

Pour aller plus loin :

- Daniel Bernard "Bourrées et danses en Berry" Alan Sutton Ed. (2011)

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