Les moulins : usines du passé
Les conférences « Ecoutez-voir » au château du Plaix ont repris. Quel bonheur de se retrouver à la tombée de la nuit dans la cour du château pour y écouter et y voir ! Mais début juillet, la nuit tombe tard et avant que la luminosité ne diminue suffisamment pour que les projections sur l’écran soient suffisamment visibles, notre conférencier du jour, Patrick Defaix a tout le temps de se présenter.
A l’origine, Patrick Defaix est plongeur puis se spécialise dans la plongée archéologique subaquatique. Sous l’égide de la DRAC il explore, avec un groupe d’une quinzaine de plongeurs, la rivière le Cher entre Rochebut et Bigny Vallenay. Sur cette rivière ils repèrent en moyenne un site archéologique tous les 500m: des gués aménagés, des pêcheries et bien sûr des moulins. C’est ainsi qu’il en est venu à s’intéresser aux moulins (mais il a également découvert une pirogue du 8ème siècle et peut-être un port vers Epineuil le Fleuriel). Mais revenons à nos moulins !
Les premiers moulins qui ont existé sont des moulins meuniers. La fabrication de farine est attestée depuis la préhistoire (30.000 avant notre ère par la datation d’amidon de céréale sur des meules). Ces moulins se développent avec l’accroissement de la population lors du néolithique.
Avec le temps, les techniques se développent : moulins à main puis à bras, puis des moulins mus par la force animale. Mais la force hydraulique est utilisée depuis l’antiquité romaine (par exemple à Barbegal ou un aqueduc alimente deux séries de 8 moulins).
Les moulins comportent certaines pièces qui subissent constamment des contraintes importantes, elles requièrent d’être fabriquées avec des bois très durs, les plus utilisés sont les cormiers et les poiriers. Il était d’usage, lors de la mise en service d’un moulin de planter cormiers et poiriers. Une vingtaine d’années plus tard, lorsque des grosses réfections seraient à prévoir, ces arbres pourraient être utilisés pour le remplacement des pièces usées.
La technique des moulins se diffuse au Moyen-âge et on trouve aussi des moulins familiaux, mus par une manivelle et susceptibles d’alimenter un château (par exemple lors d’un siège), tel celui présenté au château de Boussac.
L’usage du moulin se diversifie. Proche du moulin à grains, on trouve également des moulins à sel tels les moulins « Renard »
Moulins à tan.
Le tannage des peaux remonte à la préhistoire. On pense qu’Ötsi (3300 av. JC), découvert dans les Alpes italo-autrichiennes, mettait des écorces dans ses chaussures lorsqu’il n’avait pas de paille ; ainsi serait né le tannage qui confère solidité et souplesse au cuir. Le tannage peut être végétal (tan vient du gaulois tan qui désigne le chêne), minéral (alumine), animal (graisse) ou chimique.
Les moulins à tan (ou à écorce) avaient pour but de réduire en poudre l’écorce de chêne ou de châtaignier. Ce sont des moulins à godets qui utilisent le poids de l’eau et non la force du courant. On en trouvait à Charenton sur la Marmande, à Bruère, à Orval dans le sud du Cher ; un moulin à tan a été admirablement restauré à Boisbelle (Henrichemont).
Cette industrie a été fortement développée par Colbert mais était très surveillée car qui peut broyer de l’écorce peut broyer du salpêtre, du charbon de bois … et faire de la poudre à canon !
Ces moulins ont disparus à la guerre de 14 : les besoins en tannage devenant très importants, le tannage végétal a disparu au profit du tannage chimique.
Moulins à draps (ou à foulon).
Ces moulins existent en Italie dès le 9ème siècle et se répandent en France aux 12ème, 13ème siècles. Le but est d’une part de dégraisser les toiles de laine puis de tasser et mêler intimement les fibres pour obtenir un aspect uni ou feutré.
Le dégraissage est obtenu en pilonnant le tissu dans une cuve remplie d’eau, d’urine et de terre glaise (terre à foulon).
Le pilonnage est l’œuvre de maillets en bois, d’où l’autre nom de ces moulins : mailleries ou martinets. Lignières possédait un tel moulin.
Moulin à chanvre ou à ribes
Ils avaient pour but d’éliminer la gaine du chanvre après son écrouissage. Ils étaient souvent installés à l’écart des moulins à farine à cause des odeurs ! Ces moulins se sont développés au 17ème siècle sous l’impulsion de Colbert pour la fabrication des cordages de marine. Un tel moulin existait à Evaux les bains sur la Tardes.
Moulins de forge, moulin scierie
La transformation du mouvement rotatif de la roue en mouvement vertical alternatif permet de transférer la force de l’eau pour actionner des marteaux de 500kg, le même moulin permet également d’actionner le soufflet. De telles forges étaient installées sur la Marmande mais lors de la construction du canal de Berry, une partie des eaux de la Marmande fut utilisée pour alimenter le canal et le débit de la Marmande ne devint plus suffisant pour alimenter les moulins de forge.
Ce même mouvement alternatif vertical permet d’utiliser le système pour des scieries
Moulins à papier
A notre connaissance, il n’existait pas de tels moulins dans le département du Cher mais ils étaient nombreux un peu plus au sud en Limousin.
Le but est de déchiqueter des tissus par des marteaux munis de pointes (imaginez le bruit !) puis mis à se décomposer dans des cuves (imaginez l’odeur !) pour obtenir une pâte.
De manière générale, nos moulins locaux étaient installés sur des affluents du Cher plutôt que sur la rivière principale pour éviter les crues dévastatrices. La contrepartie était qu’ils souffraient du manque d’eau en période sèche. Au moulin de Lavaux, à St Hilaire en Lignières, le moulin avait été couplé avec un gazogène pour réduire ainsi les périodes de chômage.
Après cet exposé de tous les types de moulins qui faisaient le tissu industriel d’autrefois, les Thiaulins ne vont pas nous laisser partir comme cela ! Invitation à la discussion autour de radillat et de croque-monsieur bien chauds car si nous avons évité la pluie, vers 23h le fond de l’air était un peu frisquet !
Cette conférence portait principalement sur les moulins, mais la partie archéologie subaquatique mériterait à elle seule une conférence intéressante à découvrir.
Cependant, la prochaine conférence « Ecoutez-voir » se déroulera le 19 juillet et sera consacrée au peintre Raoul Adam :
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