Deux berrichons dans l’armée romaine

Publié le par nous-en-boischaut-sud

Clément Degot, jeune Argentonnais, consacre ses recherches universitaires au recrutement  des Berrichons dans l’armée romaine.  Le 18 octobre, dans la chapelle des Capucins, à l’invitation  des Amis du Vieux La Châtre, il nous a présenté une conférence passionnante sur l’avancée de ses recherches.

Les Gaulois sont réputés pour avoir une culture guerrière, celle-ci se manifeste localement par la présence de tombes à armes. En Gaule, ces tombes à armes sont particulièrement fréquentes dans le nord et dans le centre de la Gaule, on en trouve en particulier chez les Bituriges. Ainsi, dans le mobilier funéraire des armes miniatures peuvent être présentes (par exemple à Neuvy Pailloux).

Cette culture guerrière est bien reconnue et appréciée par les Romains et pour ses recrutements sur base ethnique Rome fera régulièrement appel aux Bituriges. Ainsi les Bituriges fourniront un millier hommes à l’armée romaine durant le 1er siècle.

L’armée romaine est constituée à parts à peu près égales de légionnaires (qui sont des citoyens romains) et de troupes auxiliaires constituées de pérégrins (hommes libres habitant dans les provinces conquises mais n’ayant pas la citoyenneté romaine). Les Bituriges sont donc incorporés dans les troupes auxiliaires.

Les auxiliaires s’engagent pour 25 ans. A l’issue de cet engagement ils acquièrent la citoyenneté romaine, mariage et enfants sont légitimés, ils reçoivent des terres et ils intègrent les élites gauloises. De leur côté, les légionnaires s’engagent pour 18 ans, à l’issue de leur engagement ils reçoivent des terres et leur aisance financière leur permet de progresser dans la hiérarchie sociale.

Si les Bituriges furent nombreux dans l’armée romaine, leur mention en tant que tel est très rare. Les mentions de deux Bituriges incorporés dans l’armée romaines ont été retrouvées.

La première a été découverte à Bonn (Allemagne) :

- Vilaunus fils de Nonius, un biturige, cavalier dans l’aile Longiniana, dans la turme de Lucius Iulius Regulus, âgé de 38 ans, a servi 18 ans. Il est ici. Le décurion Lucius Iulus Regulus et Macer, fils d’Apadius, de la même turme, ont pris soin d’ériger d’après son testament.

Vilaunus est donc un pérégrin, il ne possède pas les trois noms de l’homme libre romain (le tria nomina). Il n’a servi que 18 ans et est mort avant la fin de son engagement. C’est un cavalier mais son épigraphie le montre en porte-drapeau, ce serait donc plutôt un sous-officier. Sa tombe a été retrouvée à Bonn, en Germanie, une zone où était concentrée une part importante de l’armée romaine au 1er siècle (elle se déplacera vers la Dacie au 2ème siècle).

La deuxième mention d’un Biturige a été trouvée en Afrique :

Tiberius Claudius Congonetiacus, cavalier de la deuxième aile de Thraces, Biturige, âgé de soixante ans, a servi trente deux ans. Il est ici que la terre te soit légère. Tiberius Claudius Viator et Tiberius Claudius Clemens et Claudia […]arica, ses enfants et héritiers ont pris soin d’ériger d’après le testament.

Tiberius Claudius Congonetiacus a servi 32 ans, il a terminé son engagement (et même plus), il est devenu citoyen romain et a droit au tria nomina. Ses enfants ont été légitimés et sont ses héritiers. Sa sépulture a été trouvée en Afrique, probablement a-t-il reçu des terres dans cette région mais rien n’indique qu’il y ait combattu. Le climat africain, sec, permet une meilleure conservation des  documents, ceci explique la présence de nombreux artefacts romains bien que la présence militaire de Rome n’y ait été que légère.

L’incorporation de pérégrins dans l’armée romaine a également pour effet d’accroitre l’implantation de la civilisation romaine dans le territoire.

L’apport des Bituriges à l’armée romaine ne se limite pas à la présence de soldats. Au 4ème siècle un atelier d’état a été implanté à Argentomagnus. La production de fer a été estimée à 270t (de quoi fabriquer 270.000 épées !). Cependant aucun site archéologique important pour cet atelier n’a été repéré. Une hypothèse est que la production ait été éclatée en de nombreux petits sites. L’implantation en pays biturige de cette activité peut s’expliquer par la compétence métallurgique de la population et la bonne desserte : Argentomagnus était à l’intersection de plusieurs voies romaines majeures.

Merci à Clément Degot pour l’éclairage de cet aspect méconnu de notre histoire du Berry.

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