Le moulin des Fougères à Sidiailles
Ce samedi 2 mai le Conservatoire d’Espaces Naturels de la région Centre-Val de Loire et la Gaule Culanaise organisaient une visite de l’Espace Naturel Sensible du Moulin des Fougères. Le rendez-vous était sur le champ de foire de Culan ; une trentaine de personnes étaient présentes l’association « Châteaumeillant Nature » y était venue en force !
Nous sommes accueillis par Jacques Fraulaud, président de la Gaule Culanaise et Pascal Mathonière, conservateur bénévole de cet Espace Naturel Sensible. Sous leur conduite, nous rejoignons en voitures l’entrée du site par d’étroits chemins herbeux.
Jacques Fraulaud nous présente l’historique du lieu situé dans les gorges de l’Arnon.
Des membres du Muséum d’histoire naturel de Paris avaient déjà repéré ce secteur de longue date et y venaient pour des observations de plantes rares. Voilà 100 ans, le paysage était très différent de celui d’aujourd’hui : la vallée était nue alors qu’aujourd’hui la végétation l’a envahie. Le terrain a été acquis par « La Gaule Culanaise » en 2012 et a été labellisé « Espace Naturel Sensible » en 2014.
Autrefois, à cet endroit, le fond de la gorge de l’Arnon était occupé par un important moulin. Les ruines actuellement visibles datent d’au moins 1727, mais ce moulin avait été construit sur le site d’un moulin antérieur, datant de 1524.
Ce moulin souffrait d’un défaut majeur : l’accessibilité était difficile et les transports dans les gorges étaient effectués à dos d’âne. Il a fonctionné jusqu’à la guerre de 14-18 où le manque de main d’œuvre et l’arrivée de l’électricité l’ont rendu obsolète. Ensuite, il a été racheté par la famille Gille qui exploitait une scierie à Culan et qui ont utilisé certains chênes situés sur cette propriété.
Nous commençons la descente vers la rivière, celle-ci peut être dangereuse notamment par temps humide car elle longe un ravin. Nous rencontrons d’abord les ruines d’une première maison. Celle-ci dépendait du moulin et a été habitée jusqu’à la première moitié du 20ème siècle. A cause de sa situation isolée, elle a hébergé des bals clandestins pendant l’occupation.
Le fond de la gorge était occupé par le moulin.
L’Arnon avait été barré en biais par une digue en amont du moulin de façon à aménager une belle réserve d’eau (jusqu’à 6-7m de profondeur). Cette réserve communiquait avec un bief qui amenait l’eau au moulin par l’intermédiaire d’une vanne. A l’autre extrémité, une nouvelle vanne permettait d’alimenter la roue. L’arrivée d’eau se faisait sous la roue et alimentait le moulin. Après le moulin, l’eau est ramenée à la rivière par un bief aval.
La gestion de l’eau était une des tâches principales du meunier. Son autre tâche importante était le rhabillage des meules pour rafraichir les sillons creusés à la surface de la pierre. C’est une opération très technique dont dépend la qualité de la mouture. Le rhabillage d’une meule prenait une journée mais il fallait trois ans d’apprentissage pour la mener à bien !
Pour le moulin, le bâti comprend la maison du meunier, de sa famille et des ouvriers (2 à 3), le moulin proprement dit et les écuries. Le système fonctionnait en autarcie. Un dessin d’Henri Guillemain de 1923 montre les bâtiments qui, à l’époque avaient encore leur toiture.
Lorsque le moulin fonctionnait le fond de la vallée autour du moulin était occupé par des jardins et des pacages. Ensuite, des arbres se sont implantés, principalement des aulnes. Dans cet environnement encaissé, ils se sont développés en hauteur mais ils sont faiblement enracinés car le sol est peu profond et des chutes d’arbres sont fréquentes, ce qui conduit à un encombrement de la rivière.
Au cours d’une petite balade le long de la rivière, Pascal Mathonière nous présente l’écologie du lieu.
Le site abrite 26 espèces de fougères et de scolopendres ainsi qu’une grande variété de mousses dont certaines mousses luminescentes. On note également la présence d’ail des ours et de la lathrée clandestine.
La pente est favorable au développement de la bruyère. A une époque indéterminée, des pins ont été plantés sur le coteau et ont gêné le développement de la bruyère. Depuis, ils ont été abattus mais la bruyère peine à se réimplanter. De jeunes chênes ont également repoussé, à leur ombre la bruyère semble prospérer. Cet élément sera pris en compte dans le prochain plan d’action sur le site.
Les mares sont le domaine des grenouilles rousses et des salamandres tachetées.
La salamandre pond ses œufs dans l’eau mais elle ne sait pas nager. Des branches sont mises dans l’eau pour que les têtards puissent s’échapper quand ils se transforment en salamandre.
La présence de la loutre est attestée par ses épreintes. Elle a aussi été observée par un piège photographique. Le cingle plongeur a été identifié grâce à son nid. Le sonneur à ventre jaune a également été observé.
Certaines parties du site sont envahies par la renouée du Japon, plante invasive très difficile à éliminer : son rhizome peut atteindre jusqu’à 3m de profondeur et 10m de diamètre ce qui assure une propagation très efficace. Tout au long de l’année, chaque partie de la plante (tiges, racines…) doit être arrachée, laissée sécher avant d’être brûlée. C’est un travail de Sisyphe, une opération à renouveler constamment.
Et comme il se doit, la visite se termine autour d’un rafraichissement !