Des Bals Clandestins au château du Plaix

Publié le par nous-en-boischaut-sud

On a failli manquer de chaises dans la cour du château du Plaix ce 31 juillet 2026, en effet les spectateurs étaient venus nombreux pour cette quatrième conférence du cycle « Ecoutez-voir » organisée par les Thiaulins de Lignières. Au programme, une conférence d’Edith Marois sur les bals clandestins sous l’occupation !

En introduction, Mic Baudimand souligne l’urgence des collectages et des études sur cette période autour de la dernière guerre alors que les témoins directs s’en vont…

crédit photo : Amaury Babaultcrédit photo : Amaury Babault

crédit photo : Amaury Babault

Edith Marois est docteure es lettres, à l’Université de Tours, mais aussi passionnée de danses traditionnelles. Elle s’est donc naturellement intéressée aux bals clandestins pendant l’occupation et a mené une enquête sur ce sujet entre 2000 et 2016. Son enquête a porté essentiellement sur les départements du Cher et de l’Indre et Loire.

Il était temps car aujourd’hui, un seul de ses informateurs est encore vivant et il a 103 ans !

crédit photo : Amaury Babault

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Quelle est la chronologie :

- Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l’Allemagne. Dès le 7 septembre, les bals sont interdits mais l’interdiction est levée en décembre 1939.

- En mai 1940, l’armée allemande envahit la France, le pays est coupé en deux zones, de nouveau les bals sont interdits. L’Indre et Loire et le Cher (objets de l’étude) sont coupés par la ligne de démarcation.

- Le 11 novembre 1942 la France est totalement occupée, les bals sont interdits partout. Des exceptions peuvent cependant être accordées pour les mariages sur autorisation spécifique du préfet, mais la durée est limitée (jusqu’à 23h) et elle ne concerne que les invités au mariage.

Mais même si les bals sont interdits, on ne peut empêcher les jeunes de danser !

Alors, les procès verbaux fleurissent. Ils semblent plus nombreux en zone occupée qu’en zone libre sans que la raison soit claire : davantage de bals clandestins en zone occupée face à une tension plus forte, répression plus forte en zone occupée ?

Les journaux soutiennent avec virulence la répression de ces bals clandestins qui, disent-ils, « portent une grave atteinte au moral de nos prisonniers qui ne sont pas sans recueillir des échos de ces manifestations ».

Sur le terrain, le scénario des interventions est à peu près toujours le même : les gendarmes informés ou au cours de leur ronde, arrivent sur les lieux. Les danseurs s’enfuient immédiatement mais le propriétaire des lieux et les musiciens piégés par leurs instruments sont interpelés et verbalisés.

crédit photo : Amaury Babault

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Edith Marois a recensé 180 contraventions en Indre et Loire et 50 dans le Cher. Quelques exemples autour de chez nous : à Loye sur Arnon au lieu-dit La Sotte le 14 mai 1942 sur la route, à Lignières où des jeunes se seraient réunis pour danser avant un départ en chantier de jeunesse…

Si les contraventions sont nombreuses, les sanctions sont rares ; par exemple, les cas ci-dessus n’ont pas eu de suite et en Indre et Loire aucun passage en justice de paix n’a été trouvé.

Des Bals Clandestins au château du Plaix

Mais comment les gendarmes sont-ils informés ? Essentiellement par dénonciation, mais aussi, très important, par la « rumeur publique ».

 Les lettres de délation sont nombreuses. Le principal motif mis en avant dans ces lettres se réfère à la compassion pour les familles des prisonniers, à la souffrance de ces même prisonniers, au moral de la France… mais la jalousie peut aussi entrer en ligne de compte, telle cette lettre dénonçant des bals clandestins dans un hôtel de Sidiailles… mais dénonçant aussi que le propriétaire vend du vin et qu’il ne laisse pas entrer tout le monde !

Alors comment s’organiser pour qu’un bal clandestin minimise les risques ?

D’abord il faut choisir un endroit isolé pour faciliter la surveillance, il faut que le local ait deux portes de sortie pour l’évacuation, qu’il soit proche d’un bois ou d’un endroit où on puisse se cacher… Pour prévenir les participants : uniquement le bouche à oreille et uniquement avec des personnes sures. Pour la musique, l’accordéon est roi, quant à la qualité, les clients ne sont pas très regardant, ils ont envie de s’amuser !

En septembre 1944 la région est libérée, mais les bals demeurent interdits. Une exception est faite pour le Noël 1944 et le Jour de l’An 1945 à condition que ces bals soient réalisés au profit d’une œuvre de bienfaisance. Des annonces sont même publiées dans la presse.

Puis les exceptions se multiplient. Les bals sont autorisés au profit des œuvres de bienfaisance, des victimes civiles, des déportés, des prisonniers, pour les fêtes traditionnelles, locales ou nationales, pour les groupements de Résistance, l’armée…

Finalement le 30 avril 1945 les bals sont de nouveau autorisés.

Comme toujours cette conférence est suivie d’un « moment de convivialité » autour d’un petit mangement !

Prochain rendez-vous le vendredi 7 aout pour une conférence de Vinciane Esslinger : « George Sand, une plume au service de la musique du peuple ».

Des Bals Clandestins au château du Plaix
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