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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 14:41

A l’occasion d’une journée organisée par Châteaumeillant Nature, Georges Magnier nous a proposé une très intéressante conférence sur la guerre de Cent Ans dans la Boischaut Sud. Nous en donnons ici un bref compte-rendu.

La guerre de Cent Ans en Boischaut Sud

Les origines

 

La guerre de Cent Ans a diverses causes :

  • territoriale, pour le contrôle de l’ouest de la France à la suite du mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II, roi d’Angleterre,
  • successorale, lorsque à  la mort sans descendance du roi de France Charles IV, deux prétendants entrent en lice : Philippe VI de Valois et Edouard III d’Angleterre,
  • économique, pour le contrôle de l’activité économique notamment dans la région des Pays-Bas et de la Flandre.

Cependant, la peste noire, venue d’Asie Centrale par bateaux et qui se propage en Europe à la même époque, entre 1347 et 1352, a tué entre 30 et 50% de la population européenne, soit considérablement plus que la guerre de Cent Ans.

La guerre de Cent Ans se déroule en deux phases :

  • dans une première période, des années 1330 à 1370, la poussée anglaise vient de l’Aquitaine, la guerre touche essentiellement le Limousin, le Poitou et le sud du Berry,
  • dans une deuxième phase, des années 1410 à 1430, l’offensive vient de Normandie, la frontière se situe sur la Loire, le nord du Berry est touché.

Le niveau pertinent pour analyser la guerre est celui des châtellenies, c’est là où se situent les places fortes. Dans notre région les principaux acteurs sont les familles de Sully (Châteaumeillant) Les Lignières, les Culant, les de Brosse (Boussac, Ste Sévère), les Chauvigny (Châteauroux).

Combien de temps

Eh oui, la question se pose même pour la guerre de Cent Ans ! D’autant plus que la France et l’Angleterre ont vécu 2 guerres de Cent Ans. La première s’est déroulée de 1152 à 1259, à la suite du mariage d’Aliénor d’Aquitaine avec le roi d’Angleterre. La deuxième guerre de Cent Ans commence en 1337, les combats se terminent en 1453 mais la paix n’est signée, à Picquigny, qu’en 1475. Cette guerre de Cent Ans s’est donc déroulée au moins sur 117 ans, mais avec des périodes de répit.

Le Berry a eu à souffrir de la guerre surtout pendant deux périodes : de 1356 à 1372 avec le passage effectif des armées anglaises, puis de 1412 à 1440 où la guerre dégénère en une guerre civile et une guerre de brigands.

Le déroulement de la guerre

Le passage des armées anglaises au début de la guerre se traduit par l’occupation de places fortes (Le Blanc, Lys St Georges, Ste Sévère, Briantes) et par des représailles destructrices (confiscations, prisonniers, exécutions, incendies).

Le clivage entre les partisans de la France ou de l’Angleterre passe à l’intérieur des grandes familles (les d’Albret par exemple) et évolue en fonction des avantages espérés. Il en est de même pour la population. Ainsi, lors du siège de Ste Sévère, la population prend partie pour les Anglais à cause de l’impopularité du Duc de Berry réputé lever de lourds impôts sur la population.

Mais les désordres les plus importants sont venus non des Anglais mais des routiers « Ennemis de Dieu, de la pitié et de la miséricorde » dont l’objectif unique était la richesse. Mercenaires au service des Anglais ou des Français, ils agissent essentiellement pour leur propre compte. Le nom de ces capitaines de compagnie sont restés tristement célèbres, tel André Philebert dit Pèlerin, Arnaud de Cervole ou Hugues de Chamborand. A la fin de la guerre, le retour à une situation normale fut long, notamment à cause de ces anciens gens d’armes habitués à vivre dans la violence.

Comment survivait-on en Berry

D’abord on construit des fortifications. La population se retranche aux abords des châteaux, ou dans des églises fortifiées lorsque la présence seigneuriale était faible. Mais on se défend aussi en attaquant les bandes de routiers, soit de façon organisée, tel Gaucher de Passat, ou de façon moins organisée en réalisant des guet apens sur des routiers isolés ; la découverte de nombreuses armes aux mains des paysans provient sans doute de cette technique.

La population essaie également de protéger ses biens précieux en les cachant. C’est l’origine des trésors monétaires qui ont été découverts à Boussac ou à Lourouer St Laurent. L’analyse de la provenance des pièces montre que toutes proviennent de la partie sud de la France, ce qui montre bien la coupure du royaume à l’époque.

Dans le domaine monétaire, la guerre de Cent Ans a conduit à justifier le prélèvement d’un impôt régulier pour la conduite de la guerre alors qu’auparavant l’impôt n’était prélevé que pour des occasions particulières. Le transfert d’argent du trésor royal aux capitaines d’armée a donné lieu à de nombreux détournements (pour la région le procès de Charles de Culant en a montré toutes les techniques utilisées) ; ce qui, à la fin de la guerre, a justifié la création d’une armée de métier.

Et Jeanne d’Arc alors ?

C’est définitif, la chevauchée de Jeanne d’Arc en Berry est purement imaginaire. Par contre, la Pucelle était entourée de nombreux compagnons issus de la région : Jean de Brosse, Louis de Culant, Jean de Lignières, Raoul de Gaucourt, Charles d’Albret ou Guy de Chauvigny.

La guerre de Cent Ans a donc fortement marqué le Boischaut Sud. Un projet de valorisation touristique est en cours de mise en place. Il consiste en un chemin de la Guerre de Cent Ans, partant de Culan ou d’Huriel pour aller vers Chauvigny en passant par Boussac, Ste Sévère, La Châtre, Cluis, Crozant, Le Blanc …

A l’issu de cette conférence, de nombreuses questions ont été posées par le public :

1) Le comportement de l’Eglise dans la guerre : l’Eglise a peu participé car à cette période, elle connaissait une crise (2 papes) – les églises étaient plutôt la cible des pillages.

2) L’influence anglaise sur le Berry : plutôt faible – les anglais ne sont pas restés assez longtemps sur le territoire – ils étaient mal perçus en tant qu’occupants (traumatisme important).

3) Le recrutement des combattants hors Angleterre : les bassins d’origine des mercenaires ses situent en Gascogne, Espagne, Nord Italie et Allemagne.

4) Rôle de Du Guesclin : Son passage dans le Berry fut très bref – de juillet à début août 1372, son rôle de chef de l’armée française a été limité par la présence de princes de sang. C’est un personnage charismatique mais beaucoup plus noir que la légende l’a immortalisé.

Merci Mr Magnier.

La guerre de Cent Ans en Boischaut Sud

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Published by nous-en-boischaut-sud
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commentaires

nous en boischaut sud 19/03/2014 10:38

Merci surtout à Georges Magnier de nous avoir permis de partager une partie de ces connaissances avec un grand sens de la pédagogie.

Florence Daumard 18/03/2014 20:45

Merci pour de magnifique compte-rendu ! Tout plein d'infos intéressantes pour ceux qui n'ont pas pu assister à cette conférence. Mille merci encore !!!

Régine ANDIANO 18/03/2014 16:48

Magistral compte-rendu ! moi qui me désolais de n'avoir pu assister à cette conférence, j'ai ce document que je garde précieusement
Merci Bernard

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