Héritages culturels mongols et cisterciens : en matinale à Noirlac

Publié le par nous-en-boischaut-sud

Peut-être n’y aviez-vous pas songé, mais la période de l’expansion mongole, sous le règne de Gengis Khan et de ses descendants, correspond à la période de construction de nos grandes abbayes romanes, dont Noirlac.

C’est Bernard Fort, compositeur, chercheur, directeur artistique du groupe des Musiques Vivantes de Lyon et spécialiste des musiques mongoles, qui, après un bon petit déjeuner, met en regard pour nous, les situations politiques et culturelles en Mongolie et en Occident vers le 13ème siècle.

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Avant l’avènement de Gengis Khan, les peuples mongols sont divisés en clans, le plus souvent en guerre les uns contre les autres. L’ambition de Gengis Khan à partir des années 1190 est de rassembler ces clans en une nation unifiée.

En Occident, à la même période, les croisades, sous couvert de lutte contre les sarrasins, ont également pour but politique de cristalliser les futures nations européennes (France, Angleterre, Saint Empire Germanique) du maquis féodal.

Ces deux ensembles ont un ennemi commun : les sarrasins, ce qui donnera lieu à des contacts entre les deux  pôles. Ainsi Guillaume de Rubrouck, émissaire de Louis IX, se rend en 1254 à Karakorum, la capitale de l’empire mongol. Il la décrit comme une ville importante mais dont les rues de yourtes peuvent être déplacées de cent kilomètres en moins d’une semaine ! C’est une ville ouverte à toutes les populations de l’immense empire mongol où se côtoient des quartiers arabes, chinois et où toutes les religions officient dans la plus parfaite tolérance : musulmans, chrétiens (nestoriens), bouddhistes… Nous sommes loin de l’image de hordes de barbares véhiculée en Occident.

A Karakorum à cette époque, se combinent toutes les influences venant de l’immense empire mongol, le plus grand jamais réalisé, bien plus grand que celui d’Alexandre le Grand. De là, nait la richesse de la civilisation mongole. Evidemment, ce monde nomade, contrairement au monde occidental, ne conçoit pas de monuments, de peintures ou de sculptures ; la civilisation investit dans les arts immatériels : musique, chants, danses, poésie…

Après la désagrégation de l’empire mongol, les échanges avec toutes les parties de l’empire s’arrêtent et les apports des différentes civilisations se figent.

 Les instruments de musique mongole reflètent cette ouverture puis ce repli sur soi.

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               Morin-khur et Tovshuur                                             Yatga

 

A coté de la Morin-khur, viole à tête de cheval, typiquement mongole et emblème de la civilisation mongole du cheval, on retrouve le tovshuur, luth d’origine turque, le yatga, cithare à cordes frappées, d’influence chinoise, ainsi que des flutes, d’origine iranienne…

Mais cette très intéressante présentation de Bernard Fort n’est qu’une introduction au concert de Chinbat Baasankhuu, spécialiste du yatga et de Bayarbaatar Davaasuren, joueur de Morin-khur et de Tovhuur mais également grand  interprète  de chants  diphoniques mongols.

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Ils nous égrainent une musique vive, rythmée, à l’abord facile, même pour un occidental, et on retrouve l’incroyable chant de gorge (Khöömii) de Bayarbaatar Davaasuren considéré aujourd’hui comme un des plus grands chanteurs de Mongolie, qui exprime avec virtuosité son talent vocal au travers des cinq centres d’émission spécifiques  à ce chant : le ventre, la poitrine, la gorge, la bouche et le nez.

Et tout cela dans la superbe acoustique du réfectoire de l’abbaye.

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Si vous n’avez pas pu assister à ce récital, il faut que vous écoutiez, sur le lien ci-dessous, l’enregistrement d’un autre concert donné en France.

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=FlLpHImLvuA

 

Au retour, nous croisons nos deux artistes accompagnés de Bernard Fort dans le cloître de l’abbaye pour une séance de photos. Bravo à eux !

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